MEMOIRE DE POILUS. CEREMONIE ET RECONSTITUTION. EXPOSITION ET PRESSE. VIDEO. CORPS D'ARMEE. ECOLES. AGENDA. LIENS.

PREMIÈRE PARTIE


LE 58ème R.I. SUR LE FRONT FRANCAIS


5 AOUT 1914 - 16 JANVIER 1917



ANNÉE 1914

La Mobilisation

Dans le courant du mois de Juillet 1914, le 58ème R.I achevait, à Avignon son instruction d'ensemble par des marches et des exercices de combat.

A la suite de l'attentat de Sarajevo et de l'ultimatum lancé à la Serbie, la guerre apparaît bientôt à chacun comme inévitable et prochaine.

Le 1er Août, en effet, les affiches blanches annoncent que la Mobilisation commencera le 2 Août.

Du 1er au 4 Août, la plus grande animation règne dans la caserne. On fait « pour de bon », cette fois, les multiples opérations prévues au carnet de mobilisation.

Le 5 Août, après la présentation du Drapeau, qui fait vibrer tous les cœurs, l'Etat Major, le 1e Bataillon et la C.H.R. quittent la caserne pour aller s'embarquer à 18h30 à la gare de pont d'Avignon.

Sur tout le parcours, la population d'Avignon manifeste par ses acclamations une sympathie émue à ceux qui partent pour défendre le Pays. Les 2 ème et 3ème Bataillons s'embarquent à leur tour le 6 Août.


Le 58ème R.I. en Lorraine

Le Régiment débarque le 7 Août à Juvelise (Meurthe et Moselle) et chaque Bataillon gagne ses cantonnements, qu'il faut quitter dès le soir, en renversant la marmite, pour aller prendre les avant-postes. Le 58ème et le 40ème sont placés sous les ordres du Général Commandant la 2ème Division de Cavalerie pour assurer la couverture d'une partie de la zone entre Toul et Mirecourt.

Le 10 Août les Bataillons prennent les avant-postes à la frontière, pour permettre à la Cavalerie de prendre du repos. La 3ème Compagnie reçoit le baptême du feu à Bezanges-la-Petite, où six de ses hommes sont blessés par un obus.


Combat de La-Garde (11 Août 1914)

Un détachement spécial formé du 111ème ,58ème et d'un bataillon du 40ème, sous les ordres du Lieutenant-Colonel HOUDON du 40 ème, reçoit du Général Commandant la 2ème Division de Cavalerie l'ordre de s'établir le 10 au soir, à la Garde.

Ce village était occupé par 3 compagnies d'Infanterie allemande qui l'abandonnèrent à l'arrivée des troupes françaises.

Le 11, l'ennemi attaque avec une Division, en portant son effort principal sur le village de la Garde.

Il fixe le 3 ème Bataillon sur son front et le déborde, en même temps, sur son aile gauche.

L'artillerie allemande, très supérieure en nombre et en calibre, réduit au silence nos batteries de 75, dès le commencement du combat.

Lorsque l'attaque est suffisamment développée, deux régiments de uhlans bavarois chargent entre les deux bataillons. " Ils furent complètement fauchés par les mitrailleuses " (Carnet de route d'un médecin-major allemand fait prisonnier le 27 Août 1914)

Cependant les Chasseurs bavarois, ayant débordé la gauche du détachement, malgré le feu des mitrailleuses du 3 ème Bataillon et la fusillade partant des maisons, parviennent jusque sur les derrières du bataillon, ce qui fait tomber la résistance. Les défenseurs, obligés de se rabattre sur le village, sous le feu de l'infanterie et de l'artillerie, éprouvent eux aussi des pertes cruelles.

Cette sanglante journée a coûté au 3 ème Bataillon une quinzaine d'officiers et 969 hommes tués, blessés ou prisonniers.

Le Chef de Bataillon CORNILLAT, atteint de plusieurs blessures, se fait étendre face à l'ennemi, en disant aux hommes qui voulaient l'emporter : « Laissez-moi, continuez à faire votre devoir, quant à moi, je n'ai plus qu'à mourir pour la France ! » Le Sous-lieutenant DURAND de FONTMAGNE n'hésite pas à faire cesser le feu de ses hommes, à sortir du fossé qui leur sert d'abri, pour se rendre compte de la situation, leur montrer que les Allemands tirent trop haut et qu'on peut encore tenir.

Presque entouré par l'ennemi, il réussit à ramener dans les lignes françaises tout son détachement, y compris des blessés.

Ce jeune officier a été blessé mortellement le 19 Août 1914.


Combat de la Forêt de Bride et Koeking (19 Août 1914)

Le 19 Août le 15 ème Corps a pour mission de prendre l'offensive.

Le 58 ème doit assurer la liaison entre les 15ème et 20ème Corps. I1 reçoit l'ordre de se porter au nord de la forêt. Dès leur arrivée sur les lisières nord, les unités de couverture ouvrent le feu sur des détachements ennemis qui s'avancent sur ces lisières et qui se précipitent dans des tranchées préparées à l'avance.

L'artillerie ennemie pourvue de pièces lourdes, ouvre sur le 58ème un feu des plus violents, tandis que la nôtre ne coopère en rien à l'action du régiment.

Le combat prend une violence inouïe. Le feu de l'adversaire, bien abrité dans ses tranchées, nous cause des pertes importantes.

Le Colonel du 58ème, prévenu qu'il allait être soutenu par des unités du 40ème, engage ses deux bataillons, ne gardant qu'une compagnie de réserve. Cependant, une attaque débouche bientôt sur le flanc droit du régiment. Le Colonel JAGUIN, drapeau en main, réunit autour de lui la Compagnie de réserve, et un groupe de la C. H. R. et accueille par une contre-attaque le mouvement débordant de l'ennemi, qui disparaît et ne renouvelle pas sa tentative.

La dure journée du 19 Août, où les 1er et 2ème Bataillons reçoivent le baptême du feu, nous fait perdre environ 700 hommes et plusieurs officiers. Le Capitaine de JERPHANION est cité à l'ordre de l'Armée pour sa bravoure.

Le sergent AUBERY reçoit la médaille militaire, pour son courage et sa décision remarquable. Le Capitaine FRANÇOIS, blessé dès le début, ne veut pas abandonner le commandement de sa compagnie, ses deux officiers étant hors de combat, et reçoit ainsi dans la journée, 4 autres blessures.

II est décoré de la Légion d'honneur.

Le Sous-lieutenant SAINT - PIERRE reçoit une citation pour avoir pris, étant blessé, le commandement de sa section dont le lieutenant avait été tué et l'avoir conservé jusqu'à ce qu'il ait été de nouveau blessé par éclat d'obus et par balle.


Combat de Dieuze (20 Août 1914)

La bataille commencée le 19 se continue le 20. Le régiment a 6 Compagnies engagées sur la crête et 2 en réserve.

L'artillerie lourde allemande s'est encore considérablement augmentée. Le combat est extrêmement violent; de part et d'autre les pertes sont sévères.

Vers midi, l'ennemi fait un nouvel effort : ses vagues se succèdent sans interruption.

Le régiment de gauche, succombant sous un adversaire très supérieur en nombre, vient occuper son emplacement de repli, découvrant ainsi le flanc gauche du 58ème. Celui-ci resté en pointe, subit un tir meurtrier d'artillerie et d'infanterie, mais résiste sur place tant qu'il peut. Enfin il est contraint de se replier, sous la protection de la compagnie installée au sud du Moulin Ladame.

Les pertes de la journée sont cruelles :

Officiers tués : 10

Blessés : 7

Disparus : 2

Blessés prisonniers : 4

Troupe : 1.150

Il ne reste plus qu'un seul capitaine au régiment.

Le Colonel JAGUIN, blessé d'une balle à l'épaule, « ne veut pas, dit-il, être évacué pour si peu de chose » et garde le commandement du régiment.

Le Commandant DUHALDE, grièvement blessé, est d'abord transporté par des soldats, mais il leur ordonne de l'abandonner sur le terrain ; cet officier supérieur est mort quelques jours plus tard de ses blessures.


Affaire de Mont sur Meurthe (26 Août 1914)

Le 26 Août, la 30ème D.I. qui est en réserve et continue la poursuite commencée le 24 est portée dans la direction de Charmois et Damelevières qui sont enlevés. Un pont de bateaux construit par les Allemands, est pris sans que l'ennemi ait eu le temps de le rendre, inutilisable. Une compagnie du génie allemande est complètement anéantie. Un Général de Brigade est tué et emporté dans son automobile.

La 30ème D. I. pousse jusqu'à la Mortagne. Au cours de cette poursuite, le 58ème, à l'effectif d'un bataillon, repousse les détachements ennemis et s'empare de la gare et du Pont de Mont sur Meurthe.

Il perd 1 officier et 25 hommes dans cette journée.


BATAILLE DE LA MARNE

Le 58ème embarque le 7 Septembre à Gondrecourt, débarque à Longeville à 6 kilomètres sud de Bar le Duc.

Le 9 Septembre le 58ème et le 40ème pénètrent dans Mogneville malgré la résistance de l'ennemi, qui lance vainement une contre-attaque.

Toutefois le 58ème éprouve de grandes difficultés à déboucher de Mogneville ; l'ennemi résiste opiniâtrement au bas des pentes de la croupe de Faux-Miroir. Cependant on avance sensiblement et on apprend bientôt avec joie que la Forêt des 3 Fontaines a été prise et que nous sommes victorieux à  Vassincourt.

Le 10 Septembre, dès 4 heures du matin, la bataille reprend. Il faut rejeter au-delà de l'Ornain les forces ennemies.

Aussitôt la préparation d'artillerie terminée, les bataillons s'avancent pour franchir la Beuse, mais ils sont arrêtés par des feux violents d'artillerie et d'infanterie.

Le Colonel JAGUIN est grièvement blessé à la tête. « C'est pour la France, continuez l'attaque ! », dit-il, tandis qu'on l'emmène au poste de secours.

A midi, un nouvel essai pour traverser la Beuse échoue encore. A 17 heures l'artillerie française bat énergiquement les tranchées ennemies. Cette fois la Beuse est franchie et le Régiment pénètre dans le château de Faux-Miroir que les Allemands ont pillé et converti en ambulance. L'ennemi a abandonné sur la position 3 canons, une dizaine de caissons et des quantités de munitions.

Dans la précipitation à s'enfuir, le 87ème régiment de réserve allemand enterra son drapeau, dans le bois des Elus, où il fût retrouvé quelques mois plus tard.



La poursuite

Le 11 Septembre, dès le lever du jour, on constate que l'ennemi est en pleine retraite. Le régiment occupe Revigny.

Les jours suivants, le 58ème continue la poursuite, trouvant sur sa route le matériel et les munitions que l'ennemi a abandonnés.

Les marches sont très pénibles, car la pluie ne cesse de tomber, mais la joie de chasser l'ennemi fait oublier toutes les fatigues. Le Régiment arrive ainsi, le 17 Septembre, dans la région d'Haucourt-Malancourt et se met aussitôt au travail pour organiser le secteur.

Le 12 Septembre, le 58ème quitte les avant-postes de la région de Malancourt pour passer en réserve d'armée.

Le 24 il occupe la croupe au Sud d'Avaucourt et les lisières Nord de la Forêt de Hesse et les organise défensivement.

De part et d'autre, l'activité est très grande. Les patrouilles, reconnaissances, petites attaques sont fréquentes.

Le 30, le Régiment relève le 111ème aux avant-postes dans les secteurs Pont des 4 Enfants, La Maye, Bois de Marre, et travaille activement à leur organisation jusqu'au 2 Octobre.

Pendant cette période, il perd 14 tués, 36 blessés, 5 disparus.

L'Adjudant NIGOUL et le soldat LANFRANCHI sont cités à l'ordre de l'Armée pour être allés le 24 Septembre, après l'attaque du bois de Cheppy, chercher des blessés du 24ème Chasseurs, à proximité des lignes ennemies et les avoir ramenés au poste de secours du 58ème.

Le Régiment travaille, du 5 au 24 Octobre 1914, aux travaux d'organisation de la position de Lahaymex, puis, du 24 au Octobre, du centre de résistance de Rupt, devant St-Mihiel.

Dans la nuit du 1er au 2 Novembre, le 58me relève le 258ème aux avant-postes de Malimbois. Le ravitaillement est difficilement assuré à cause du mauvais état, des chemins. Il faut aller fort loin chercher de l'eau potable.


Attaques des 16 et 17 Novembre

Une compagnie de volontaires est constituée dans la brigade. Elle a pour objectif la tranchée de la cote 277. Elle est renforcée d'une compagnie du 40e; une compagnie de 58ème doit attaquer Menonville.

L'attaque a lieu le 15 novembre.

Dès le départ, l'ennemi ouvre un feu extrêmement violent d'artillerie et de mitrailleuses.

La troupe d'assaut éprouve des pertes très sensibles et ne parvient pas à déboucher. Les unités en réserve à la lisière de Malimbois subissent un tir d'artillerie lourde très bien réglé.

Dans la nuit du 16 au 17 la compagnie de volontaires parvient à enlever la tranchée de la cote 277, mais elle lui est reprise peu de temps après, par une contre attaque.

Le 17, à 4 h. 30, la D.I. donne l'ordre de reprendre l'attaque. Une compagnie destinée à renforcer le groupe qui attaque Menonville, obligée de traverser de jour la croupe de Malimbois, est soumis à un feu violent d'artillerie qui lui fait perdre, en quelques minutes, 74 hommes et l'oblige à se replier dans le bois.

L'attaque reprend à la nuit, mais l'ennemi est aux aguets : ses projecteurs fouillent sans cesse le terrain et des feux violents arrêtent encore les troupes d'attaque qui reçoivent l'ordre de se replier.

Des félicitations sont adressées par le Général Commandant l'Armée et le Général Commandant le Groupement des D.R. à la 59ème Brigade pour sa belle conduite dans les combats du 16 et du 17.

Le Sergent CONSTANTIN, reçoit la Médaille Militaire.

« Le 16 Novembre a demandé la faveur de participer à l'attaque de Menonville avec une section d'une autre compagnie qui traversait nos lignes. Le Chef de la section d'attaque ayant été blessé, il prit  le commandement de la section et ne se replia en ramenant tous ses blessés d'abri en abri, que l'effectif de la section eut été réduit à six hommes par le feu de l'ennemi »

De même les Sergents BRAHIC et PARRY, reçoivent la Médaille Militaire pour leur belle conduite au cours de ces affaires.

Le Sergent GUES, est cité à l'ordre de la Brigade avec le libellé suivant :

« Chargé le 16 Novembre 1914, de la défense d'une tranchée envahie par le débordement d'une rivière, est demeuré 18 heures dans l'eau, à la tête de sa demi-section, malgré un bombardement des plus violents. A été tué d'un schrapnell à la tête, alors qu'il venait de dire à ses hommes : « Nous mourrons jusqu'au dernier s'il le faut, mais pas un de nous ne se repliera ».

Après les attaques des 16 et 17 Novembre, le Régiment tient le secteur jusqu'au 22 Novembre. La température s'est considérablement abaissée. Les aliments, préparés à l'arrière, arrivent glacés. Les travaux sont rendus très pénibles par suite du gel profond de la terre. Le manque d'abris oblige les hommes à passer les nuits en plein air, les pieds dans l'eau ; aussi un grand nombre d'hommes ont-ils les pieds gelés.

Les pertes de la période, du 1er au 22 novembre 1914, sont de 47 tués, 25 disparus, 164 blessés.

Le 23 Novembre le 58ème relevé dans le secteur de Malimbois, se porte vers le Nord, en réserve de la 3ème Armée.

Il stationne ensuite dans la région ouest de Verdun du 25 novembre au 18 décembre.

Le 19 décembre 1914, le régiment est dans la région de Forges, Cumières.

Le Général commandant en Chef ayant prescrit l'offensive générale sur tous les fronts, le 58ème a pour mission, le 20 décembre, de manifester une grande activité devant le Bois de Forges.

Le bataillon, qui occupe les tranchées au nord de Forges, simule une attaque par des mouvements inusités et en poussant des cris

La fusillade éclate sur toute la ligne. L'artillerie ennemie bombarde les tranchées et le village de Forges.

Le 2ème bataillon envoie de nombreuses patrouilles dans la direction du Ruisseau de Forges pour simuler l'arrivée des renforts.

Le 22 décembre, le 58ème, dans les tranchées de Bethincourt et de Forges ne participe pas à l'attaque.

Dans la nuit du 22 au 23, le régiment repousse par ses feux deux contre-attaques ennemies venant de la direction de Cuissy. L'attaque qui a duré trois jours a porté nos lignes à proximité des tranchées ennemies. L'organisation du terrain est poussée activement.




ANNÉE 1915



Attaque du 21 Février 1915

Le 20 février, le Chef de corps reçoit l'ordre d'attaquer avec une compagnie une sape ennemie couronnée par un élément de tranchée devant le Bois en Hache.

Le 21, l'artillerie commence la préparation à 14 heures. A 14 h 24 les sections des sous-lieutenants MOURET et CASTELLO sortent des tranchées et s'élancent avec un entrain splendide. Elles atteignent d'un bond les réseaux de fil de fer et les chevaux de frise, qu'elles trouvent, intacts et sont accueillies à bout portant par un feu intense de mousqueterie. Les 2 officiers et un grand nombre d'hommes tombent devant les défenses infranchissables. Le sous-lieutenant GOYET n'écoutant que son courage, enlève la 3ème section d'attaque qui vient comme les deux autres, buter sur les réseaux intacts. Le sous-lieutenant GOYET est tué.

Les survivants sont ramenés à 1'arrière à la nuit.

Les sections d'attaque ont perdu :

Tués : 2 officiers, 1 sous-officier, 8 soldats.

Blessés : 3 sous-officiers, 34 soldats.

Disparus : 1 officier, 1 sous-officier, 25 soldats,

Citation à l'Ordre du Corps d'Armée. Une Section des 8ème, 9ème et 11ème Compagnies. « Se sont élancés avec une belle crânerie à l'assaut d'une position ennemie formidablement retranchée; se sont maintenus, pendant plus de trois heures au contact des réseaux de fil de fer allemands avec un feu violent de mousqueterie, ne se sont repliées qu'après en avoir reçu l'ordre à la tombée de la nuit, avec beaucoup de calme et de sang-froid »

Lettre du Chef de Bataillon FOURLINNIE commandant par intérim le 58ème R.I. à Monsieur le Colonel commandant le Dépôt du 58ème à Avignon :« J'ai le grand honneur de vous confier les 3 croix de guerre vaillamment et coûteusement gagnées par les trois sections (Sections CASTELLO, GOYET, MOURET) des 8ème, 9ème et 11ème Compagnies dans l'assaut héroïque et sans espoir exécuté le 21 février devant le Bois de Forges. Partis en pleine lumière à 14 h30, 150 soldats sont venus s'arrêter le long des infranchissables et indestructibles fils de fer allemands.

Là; ils ont subi jusqu'à la nuit la mousqueterie et le tir de notre 75 qui s'efforçait de les protéger ; la moitié sont restés percés de plusieurs balles. Laissez quelques vides dans les cases où vous enfermerez ces trois croix de guerre, le 58ème en gagnera d’autres. »

« Aux Armées, le 21/6 1915 Signé: FOURLINNIE »

La 9ème Compagnie est citée à l'Ordre du Régiment, avec le libellé suivant:

« N'ayant eu aucun repos depuis le 11 février, ayant dû renforcer le 40ème, puis organiser les positions récemment conquises du Bois en «Hache », cette Compagnie n'a pas moins attaqué avec une vigueur «admirable le 21 février. Malgré les circonstances difficiles où elle se trouvait, malgré la mort de deux chefs de section, elle n'a rien perdu de son entrain.


De Bethincourt à Ville-sur-Tourbe

Le 5 mai 1915 la 30ème Division quitte sans regret les tranchées boueuses de Bethincourt, puis par une série de marches le 58ème se porte dans le secteur, de Virginie -Massiges qu'il occupe jusqu'au 13 juin 1915.


Secteur de Ville-sur-Tourbe (13 juin, 12 août 1915)

Le 13 juin le 58ème, relève le 40ème dans le secteur de Ville -sur-Tourbe. Le secteur ; est très pénible, en particulier à l'ouvrage Pruneau, au Calvaire et au Balcon. L'artillerie ennemie y est très active et les premières lignes reçoivent presque journellement d'énormes torpilles. La guerre de mines se poursuit avec activité. Le régiment se met au travail et construit de solides abris qui diminuent ses pertes.

Le 7 juillet un groupe de 20 hommes, conduit par le sous-lieutenant FRAY, tend une embuscade et enlève 2 prisonniers. Le 13 juillet une pièce allemande à longue portée tire 2 obus sur Courtemont où le régiment est au repos. 2 officiers, 1 adjudant-chef et plusieurs hommes sont tués.

Dans la période du 13 juin au 12 août 1915 le 58ème a perdu dans le secteur de Ville -sur-Tourbe : 28 tués et 77 blessés.


Offensive de Champagne (septembre - octobre 1915)

Le 25 septembre, le régiment, se rend à Meurival, en réserve pour l'attaque préparée dans le secteur Pontavert, Bois des Buttes, Berry-au-Bac, mais l'attaque étant contremandée, il est transporté en autos le 2 octobre au Bivouac près de Jonchery.

Le 5 octobre à la nuit, il se porte en réserve dans les boyaux de Limagne et de la Martinique.

Le 6 octobre à 5 h 20 l'offensive est reprise par les régiments de 1ere ligne. La canonnade,

violente toute la nuit, fait rage. Vers la fin, de la journée, le marmitage devient sérieux: les 9ème et 10ème Compagnies, particulièrement visées, subissent le bombardement sans broncher. La10e Compagnie est citée avec son chef, le Capitaine VUILLEMIN, à l'Ordre du Régiment : «Le 6 octobre 1915, de 15 heures à 20 heures, la 10ème, Compagnie du 58ème R.I., sous le commandement de son chef, le capitaine VUILLEMIN, a supporté dans un ordre impeccable, sans un geste, avec un calme stoïque et imperturbable, un bombardement continu d'obus de gros calibre. En raison de cette attitude et des travaux entrepris avec activité dès le début du stationnement, la Compagnie n'a subi aucune perte. »

Le 8 octobre la 30ème D.I est rattachée au 6ème C A, et, le 9, le 58ème relève, dans 1e secteur de la Butte de Souain, les troupes de première ligne fatiguées par les combats des journées précédentes. L'organisation du secteur est complètement à faire. Il n'existe que de petites tranchées creusées à la hâte en fin de combat. En avant des lignes de nombreux cadavres n'ont pas encore été relevés.

Le régiment se met au travail avec ardeur malgré de violents, bombardements. Pendant sa période de garde en première ligne le 58ème a créé presque entièrement les organisations défensives du secteur. Il a relevé 5 blessés qui étaient restés plusieurs jours entre les lignes, enseveli décemment 300 officiers et soldats de divers régiments, dont 24 allemands. Il a reçu les félicitations du Général commandant le 6ème C. A. et du Général commandant la 30ème D. I. Il a perdu 20 tués et 85 blessés. Parmi les tués se trouve 1e sergent AMBROSIO, premier grand prix de Rome, pour la sculpture, modèle de courage et de simplicité, qui fut broyé par un obus, au cours d'une relève. Les brancardiers HUSTACH, LATOUR, BERAUD et FERAUD reçoivent la croix de guerre.

Dans la nuit du 10 au 11 octobre, entendant l'appel de blessés, restés entre les lignes; ils vont chercher un blessé allemand; le 11 à 7 heures, ils retournent chercher un blessé français, en vue de l'ennemi, bien que celui-ci eut tué deux autres brancardiers qui avaient tenté semblable sauvetage.

De même le 12 octobre le sergent PINET avec le caporal MÉRY, le caporal MELLE avec le soldat BONY vont chercher des blessés entre les lignes et les ramènent malgré le feu de l'ennemi. L'un de ces blessés, q u i a la jambe brisée par une balle, a conservé un moral splendide. A peine arrivé dans nos lignes, il s'écrie : «On en boira encore des mominettes à Pantruche»


Le 58 R. I. devant Reims

Le 3 novembre embarquement à Saint-Hilaire pour Epernay. Le 6, le régiment est à Reims, dont il assure une partie de la défense jusqu'au 20 mars 1916, dans les sous-secteurs route de Cernay et Butte de Tir. Secteur calme et bien organisé, défenses accessoires solides, abris à l'épreuve, relèves faciles en plein jour.



ANNÉE 1916



Le 20 mars 1916 la Division est relevée. Le lieutenant-colonel FOURLINNIE quitte le régiment. Il est remplacé le 31 mars; par le lieutenant-colonel IGOU, qui commandera le 58e jusqu'à sa dissolution en juin 1919.


Secteur de Sillerv

Après un séjour de repos et d'instruction à Champfleury, le régiment prend le secteur de Sillery du 7 avril au 6 juin. Le Bois des Zouaves, avec ses obus et ses torpilles, a laissé de mauvais souvenirs à ceux, qui l'ont connu.

Le Haut Commandement veut être renseigné sur les unités qui nous sont opposées; un coup de main est décidé.

Sous l'habile direction du capitaine LAURENT, il est exécuté le 6 sur le saillant de la Bertonnerie. Le détachement s'élance d'un seul bond, avec un élan admirable, sur la parallèle ennemie. Le caporal EUZIERE et le soldat VALAT, volontaires pour ce coup de main, se jettent bravement dans la tranchée ennemie; ils découvrent l'entrée d'un abri y pénètrent et contraignent le guetteur à jeter son arme. Ils font ce guetteur prisonnier et lancent des grenades et des coups de revolver sur les hommes de l'abri qui se cachaient sous les lits de camp.


VERDUN

Ville - en-Tardenois. Puis il embarque à Fismes, descend à Revigny et passe quelques jours à Charmont.

Enlevé en automobile le 21 juin, il suit la « Voie Sacrée » et vient bivouaquer dans le bois La Ville.

Le régiment, après avoir quitté le secteur de Sillery (6 juin 1916) séjourne dans les environs de A son tour, le 58ème est jeté dans la fournaise. C'est l'époque de la lutte pour Verdun! Verdun ! Quel mot magique ! Que de souvenirs tu éveilles en nos âmes ! Depuis le 21 février, les Allemands essaient d'arriver jusqu'à toi ! Mais, nous l'avons juré ! Ils ne passeront pas!

Résister à la pression allemande sur Thiaumont et Froideterre en tenant fortement le Bois d'Haudremont, le Bois Navé empêcher les infiltrations par le Ravin de la Couleuvre, le Bois en T, créer de nouvelles positions, améliorer les anciennes. Tel fut le rôle du régiment du 23 juin au 16 août 1916 ! Le 23 juin, les Allemands s'emparent de Fleury, de l'ouvrage de Thiaumont. Quelques détachements, ennemis s'avancent même jusqu'au Ravin des Vignes. Ils sont repoussés, perdant Thiaumont qu'ils reprenaient le 30, qu'ils reperdent encore, dont ils se rendent maîtres le 8 juillet, s'infiltrant jusqu'à la ligne X.Y.Z, d'où ils sont finalement chassés.

Toutes ces actions offensives de part et d'autre sont précédées et suivies de violents bombardements par obus de gros calibre qui s'ajoutent aux pilonnages périodiques du secteur.

Que de souffrances ! Que de privations !

Pendant le jour, impossible de circuler. La nuit venue quelle activité ! Hâtivement, fébrilement, nos tranchées sont approfondies, nos abris renforcés nos réseaux réparés et consolidés.

Les bombardements donnent l'occasion, à quelques braves du régiment de montrer leur courage et leur esprit, de camaraderie :

Le 11 juillet le caporal infirmier FITOUSSI, au cours d'un violent bombardement, sort spontanément du poste de secours en entendant les cris des blessés ensevelis dans un abri écroulé, il les dégage presque seul et permet ainsi de sauver l'un d'eux.

Les soldats TESTORIS, FALLIÈS, CHALABREYSSE sous un violent bombardement et malgré le tir ajusté des guetteurs ennemis, se portent en terrain découvert au secours d'un camarade enseveli qu'ils parviennent à sauver.

Le caporal MAISONNEUVE, entendant dans la nuit du 6 au 7 août les cris d'un blessé allemand, se porte accompagné d'un soldat à plusieurs centaines de mètres en avant de la tranchée et ramène le blessé dans nos lignes.

Et tant d'autres, si nombreux que leurs citations ne peuvent faute de place, être reproduites ici.

Les boches circulent dans la journée, par groupes, dans les ravins, de Helly de la Dame et de la Couleuvre. Deux officiers du régiment, le lieutenant De SAIGNES et le lieutenant ESCHALLIER, avec quelques bons tireurs, les harcèlent sans cesse à coups de fusils ou de mitraille uses, sans souci des bombardements qui en résultent.

Le 6 juillet en particulier, le lieutenant ESCHALLIER averti qu'un bataillon défilait dans le ravin du Helly se met à la pièce brûle plus de deux mille cartouches et le disperse en lui causant des pertes appréciables Le 11, 2 obus de 305 perforent les casemates du Fort de Belleville, 23 hommes de la 1ère compagnie sont blessés, 28 sont tués.

Là aussi, depuis le capitaine, jusqu'au soldat, tout le monde se dévoue, au sauvetage des blessés.

Les pertes du 58ème pendant son séjour à Verdun (23 juin-16 août) sont de:

▬134 tués dont 4 officiers,

▬422 blessés dont 7 officiers,

▬5 disparus

En ces heures terribles, le 58ème, comme toujours, fit son devoir et eut sa part de gloire. Il sut maintenir l'intégrité du sol dont la défense lui fut confiée. Verdun restait imprenable.

Le 24 juin, le capitaine MAISONNEUVE, surpris par un très violent bombardement, après avoir visité les tranchées de sa compagnie, est mortellement blessé.

Le lieutenant GAUTHIER est tué le 4 juillet, en reconnaissant une position très dangereuse que devait occuper sa compagnie, à laquelle il donnait l'exemple de la crânerie; le médecin-major WOLF est tué à son poste, après s'être dépensé sans compter, en allant aux points les plus dangereux pour dégager et soigner les blessés enterrés par les obus.

Le brancardier ARSAC est grièvement atteint en allant secourir un blessé.

Le soldat HEBRARD est tué à son créneau d'observation par la balle d'un tireur ennemi qu'il essayait de repérer.

Le capitaine BEC est cité à l'Ordre de la Division :

«A affirmé en toutes circonstances, le plus magnifique courage du 5 au 22 juillet 1916, chargé de la défense d'une position entourée et dominée de trois côtés par les organisations adverses, a su prendre à coups de fusils, de mitrailleuses et de grenades la maîtrise constante sur l'ennemi, et a su maintenir cette attitude fièrement agressive malgré les réactions de plus en plus violentes et les bombardements qu'elle lui attirait. Du 23 juillet au 16 août a continué à montrer une héroïque abnégation, en se portant personnellement, sous les obus, au secours de chacun de ses hommes blessés ou ensevelis. S'était déjà distingué en octobre 1915 dans l'organisation de la défense d'un secteur et le 14 septembre 1914 en se portant sous les obus au secours de son colonel grièvement blessé. »

En même temps la compagnie du capitaine BEC, la 12ème, est l'objet d'un ordre de félicitations du Général commandant la 30ème D. I., rédigé dans des termes semblables.

Le lieutenant DUMAS est cité à l'Ordre de la 30ème D.I « Au cours d'un bombardement presque ininterrompu du 5 au 13 juillet 1916, a été pour sa compagnie un vibrant exemple de calme de sang-froid, de mépris du danger, en se portant toujours aux endroits les plus battus, soit pour aider au dégagement des hommes ensevelis, soit pour stimuler, par sa présence, l'énergie et l'endurance de tous. »

Après quelques jours de repos, le régiment relevé de Verdun est envoyé dans le secteur de Soissons, puis dans celui de Craonne-Craonelle.

Le 26 septembre, le sous-lieutenant LAGIER est tué en essayant de repérer, debout sur le parapet, l'emplacement d'un petit poste ennemi. Le lieutenant-colonel IGOU passant dans la tranchée  quelques instants après, salua avec émotion le corps du sous-lieutenant LAGIER en disant « encore un brave qui disparaît »

Le 5 novembre, à Soissons, le 3ème bataillon exécute un coup de main sur un petit poste ennemi et lui enlève 1 prisonnier que le sergent BRAHIC est allé cueillir dans la tranchée.

Le régiment séjourne ensuite dans le secteur de Paissy le 24 novembre. Il est relevé le 12 décembre 1916 et concentré autour d'Oulchy-le-Château.

Il s'embarque à Fère-en-Tardenois pour Toulouse.


DEUXIÈME PARTIE.